Turin (Italie) – Quatre jours après avoir fait voler en éclats la défense du Guatemala (7-0), l’équipe nationale d’Algérie passait son premier véritable test de crédibilité internationale sous l’égide de Vladimir Petkovic. Face à l’Uruguay de Federico Valverde et Darwin Núñez, sur la pelouse prestigieuse de l’Allianz Stadium de Turin, les Verts ont rendu une copie propre, courageuse et tactiquement disciplinée. Si le tableau d’affichage est resté figé sur un score nul et vierge (0-0), les enseignements tirés de cette confrontation face à un cador du football mondial sont, eux, particulièrement riches.
Un choc tactique de haute intensité
Dès le coup d’envoi, l’atmosphère n’avait rien d’amical. Dans l’antre de la Juventus, les deux sélections se sont livrées une bataille de tranchées. Vladimir Petkovic, fidèle à sa volonté de revue d’effectif, avait opté pour un schéma hybride en 3-4-2-1, cherchant à densifier le milieu de terrain pour contrer la puissance de feu uruguayenne.
Le début de match a été marqué par une grosse pression de la Céleste. Sous l’impulsion d’un Federico Valverde omniprésent, l’Uruguay a multiplié les corners (4e, 17e) et les tentatives contrées. Mais la défense algérienne, articulée autour d’un Zinéddine Belaïd impérial et d’un Aïssa Mandi toujours aussi précieux dans le placement, a fait preuve d’une résilience remarquable. Les Fennecs ont su laisser passer l’orage sans rompre, malgré une frayeur sur une tête de Ronald Araujo à la 18e minute.
Une Algérie qui n’a pas fait que subir
Loin de se contenter de défendre, l’Algérie a montré des phases de transition intéressantes. Rayan Aït-Nouri, malgré une alerte physique précoce (10e), a été le principal dynamiteur sur son flanc gauche. C’est d’ailleurs sur des centres millimétrés que l’Algérie s’est montrée dangereuse, notamment à la 25e minute lorsque Ramy Bensebaïni, monté aux avant-postes, a vu sa tête passer de peu à côté des cages de Sergio Rochet.
Le milieu de terrain, composé de Hicham Boudaoui et du jeune Ibrahim Maza, a montré une belle complémentarité. Maza, titularisé pour ce test de haut niveau, a affiché une maturité déconcertante, n’hésitant pas à demander le ballon entre les lignes, même s’il a parfois péché par excès de gourmandise (main à la 39e).
La tension monte : un match haché par l’engagement
La fin de la première période et le début de la seconde ont été marqués par une agressivité croissante, signe que personne ne voulait quitter Turin sur une défaite. Les cartons jaunes ont commencé à pleuvoir : Rafik Belghali (37e), Ramy Bensebaïni (44e) et Agustín Canobbio côté uruguayen. Ce climat électrique a quelque peu haché le jeu, mais a permis de valider la “grinta” algérienne, un ingrédient qui avait parfois manqué lors de la dernière CAN.
Au retour des vestiaires, l’Uruguay a intensifié son pressing. Agustín Canobbio a cru ouvrir le score à la 47e minute sur une passe de Viñas, mais son tir a fui le cadre. La réponse algérienne ne s’est pas fait attendre : à la 58e minute, après un travail colossal d’Aït-Nouri, Houssem Aouar se retrouvait en position idéale au point de penalty. Malheureusement, sa frappe du gauche n’était pas cadrée, manquant ainsi l’occasion d’assommer la Céleste.
Le coaching de Petkovic : le sang neuf au révélateur
À l’heure de jeu, Vladimir Petkovic a opéré des choix forts, confirmant sa volonté de voir tout son groupe à l’œuvre. L’entrée de Mohammed Amoura (64e) et surtout celle de Riyad Mahrez (65e) ont redonné du tonus à l’attaque algérienne.
Amoura, fidèle à son style de “dynamiteur”, a immédiatement provoqué des fautes et mis la pression sur la relance adverse, récoltant au passage un carton jaune pour son engagement (66e). Côté uruguayen, Marcelo Bielsa lançait ses gros bras, dont Darwin Núñez, pour forcer la décision. Le duel entre Núñez et la charnière Belaïd-Mandi a été l’un des points d’orgue de cette fin de match, le défenseur de l’USM Alger recevant un jaune pour un tacle nécessaire sur l’attaquant de Liverpool (52e).
Une fin de match irrespirable
Les dix dernières minutes ont été un véritable test pour les nerfs des supporters de Marafoot. L’Algérie a procédé à une vague de changements stratégiques à la 79e minute : Ramiz Zerrouki, Achref Abada, Yacine Titraoui et Ahmed Benbouali sont entrés pour stabiliser le bloc et tenter de profiter d’un contre.
L’Uruguay a poussé fort, notamment par Valverde (89e) et Sanabria, dont le tir au point de penalty a fait passer un frisson dans tout le stade. Le temps additionnel (+4 minutes) a vu une ultime poussée algérienne avec un corner obtenu par Abada (90e+1), mais la défense uruguayenne, dirigée par José María Giménez, est restée intraitable. Le coup de sifflet final est venu libérer les 22 acteurs sur ce score de parité.
L’Analyse : Des fondations solides pour 2026
Que retenir de ce 0-0 ? Pour l’Algérie, c’est une victoire morale. Tenir en échec l’Uruguay, l’une des nations les plus performantes de la zone Amérique du Sud, avec une équipe comportant plusieurs jeunes éléments, est une performance de haut vol.
Les points positifs :
- La solidité défensive : Après le festival offensif face au Guatemala, on craignait pour l’équilibre face à des attaquants de classe mondiale. Belaïd et Mandi ont prouvé qu’ils pouvaient former un rempart solide.
- L’intégration réussie : Ibrahim Maza et Achref Abada ont montré qu’ils avaient le niveau pour ces joutes internationales.
- La gestion de Petkovic : Le sélectionneur n’a pas eu peur de faire ses 6 changements, traitant ce match comme un véritable laboratoire sans jamais perdre l’équilibre de l’équipe.
Les axes de progrès :
- Le dernier geste : Comme souvent dans les matchs de haut niveau, l’Algérie a eu deux ou trois situations (Aouar, Belaïd sur corner) qu’il faudra absolument convertir lors des éliminatoires du Mondial.
- La maîtrise sous pression : En fin de match, le bloc a parfois trop reculé, laissant Valverde et De Arrascaeta dicter le tempo.
Conclusion : Cap sur les qualifications
L’Algérie quitte l’Italie avec un bilan très positif : une victoire éclatante (7-0) et un nul de prestige (0-0). Vladimir Petkovic semble avoir trouvé un noyau dur tout en ouvrant grand la porte à la concurrence. La reconstruction entamée après la CAN 2025 avance à grands pas. Prochaine étape : le mois de juin et le retour aux choses sérieuses avec les qualifications pour le Mondial 2026. Une chose est sûre, les Verts sont de retour aux affaires et l’Uruguay peut en témoigner : il est désormais très difficile de faire plier cette Algérie-là.
La Fiche Technique (Source Marafoot)
- Score : Algérie 0 – 0 Uruguay
- Lieu : Allianz Stadium, Turin (Italie)
- Possession : Algérie 41% – 59% Uruguay
- Cartons Jaunes (Algérie) : Belghali (37e), Bensebaïni (44e), Belaïd (52e), Amoura (66e).
- Onze de départ Algérie : Mastil – Abada, Belaïd, Bensebaïni, Aït-Nouri – Boudaoui, Titraoui, Aouar – Mahrez (cap.), Gouiri, Amoura. (Note : Titraoui et Mahrez étaient remplaçants selon les stats de fin, le 11 de départ officiel intégrait Maza et Chaïbi).
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