Dimanche 18 janvier 2026 – Rabat.
Le football africain a frôlé le chaos avant d’atteindre le sublime. Au terme d’une finale titanesque de 120 minutes, le Sénégal a conservé son titre de champion d’Afrique en battant le Maroc (1-0). Mais plus que le score, l’histoire retiendra cette interruption irréelle de 20 minutes où le Sénégal, révolté par l’arbitrage, a failli quitter la pelouse avant d’être sauvé par la diplomatie de Sadio Mané. Le reste appartient à la légende : une Panenka ratée par Brahim Diaz et un but libérateur de Pape Gueye.
I. UNE TENSION ÉTOUFFANTE ET LE GESTE DE SADIO MANÉ
Dès le coup d’envoi, le Sénégal impose sa loi. Mieux préparés, les hommes de Pape Thiaw multiplient les assauts. Si le score est resté vierge aussi longtemps, le Maroc le doit à un seul homme : Yassine Bounou. Le portier d’Al-Hilal a réalisé des arrêts réflexes exceptionnels, notamment en première période sur des tentatives à bout portant de Nicolas Jackson et Sadio Mané. Sans un Bounou des grands soirs, le sort de la finale aurait pu être scellé bien avant la prolongation.
Le Maroc, bien que bousculé, a fait preuve de bravoure. Les Lions de l’Atlas ont rendu coup pour coup dans les duels, mais ils ont cruellement manqué de tranchant dans les trente derniers mètres, contrairement à des Sénégalais chirurgicaux dans leurs sorties de balle. Le Sénégal, bien que bousculé par la technique de Brahim Diaz, refuse de rompre. Cependant, c’est à la 90’+5 que le point de non-retour est atteint. L’arbitre, après avoir refusé un but sénégalais plus tôt sans consulter la vidéo, est appelé par le car VAR pour une faute d’El Hadji Malick Diouf. Le penalty est accordé au Maroc. Révoltés par ce qu’ils jugent être un arbitrage à deux vitesses, les joueurs sénégalais entament un mouvement vers le tunnel pour quitter la pelouse. Le forfait semble acté. C’est là que Sadio Mané entre dans la légende : le capitaine intercepte ses coéquipiers, les harangue et les convainc de reprendre le combat. Son leadership permet au football de reprendre ses droits dans un stade Prince Moulay Abdellah au bord de l’implosion.
II. LE RÉSUMÉ : MENDY ET GUEYE, LES BOURREAUX DE RABAT
Le destin récompense la résilience sénégalaise. À la 90’+24, le destin offre une balle de titre à Brahim Diaz. Dans une audace incroyable, le Madrilène tente une Panenka. Mais Edouard Mendy, resté de marbre, ne se laisse pas surprendre et capte le ballon avec une facilité déconcertante. Le silence tombe sur Rabat. Ce geste technique manqué devient instantanément le tournant du match.
Dès l’entame de la prolongation (94e), le Sénégal punit ce manque de lucidité. Pape Gueye, servi par Idrissa Gana Gueye, déclenche une frappe sèche qui trompe enfin Bounou. Le Sénégal gère ensuite avec une maturité déconcertante. À la 108e minute, une séquence d’anthologie voit Abdoulaye Seck et Mamadou Sarr contrer quatre tirs marocains consécutifs dans la surface. La préparation sénégalaise a fait la différence.
III. LES NOTES : DES LIONS ET DES GÉANTS
SÉNÉGAL : LE TRIOMPHE DU MENTAL
- Edouard Mendy (10/10) – L’HÉROS : Son arrêt à la 90’+24 est l’acte fondateur du titre. Malgré un jaune (90’+21), il est resté de marbre.
- Sadio Mané (9.5/10 – Note de Leader) : Moins en vue devant le but, il a sauvé la finale par son leadership. Sans lui, le Sénégal déclarait forfait.
- Pape Gueye (9/10) : Le buteur providentiel. Il a régné sur l’entrejeu avant de marquer à la 94e.
- Mamadou Sarr (7.5/10) : Un roc défensif malgré un carton jaune à la 113e.
- El Hadji Malick Diouf (6/10) : Entré à la 105e pour Jakobs, il a vécu l’enfer du penalty concédé mais a tenu bon.
MAROC : LA TRAGÉDIE DE RABAT
- Achraf Hakimi (7.5/10) : Le moteur. Il a multiplié les corners (50′, 51′, 74′, 81′) et les centres dangereux jusqu’à l’épuisement.
- Brahim Diaz (5/10) : Chef d’orchestre brillant avant son penalty manqué. Remplacé par Ilias Akhomach (98′).
- Ismael Saibari (7/10) : Tranchant avant de sortir pour Anass Salah Eddine (90’+4), lui-même averti à la 90’+21.
- Youssef En-Nesyri (4/10) : Entré à la 80e pour El Kaabi, il a été plus nerveux (jaune à la 112e) que dangereux.
IV. L’ANALYSE DU COACHING ET DES CHANGEMENTS
Le match a été une partie d’échecs permanente. Walid Regragui a tenté le tout pour le tout à la 98e en lançant Hamza Igamane pour Mazraoui et Ilias Akhomach pour Diaz. Côté sénégalais, Pape Thiaw a injecté du sang neuf avec Cherif Ndiaye (90’+3) pour Nicolas Jackson, auteur d’une fin de match très physique (fautes aux 118e et 120e). Le passage en défense renforcée avec Antoine Mendy (77′) a permis de contenir les assauts désespérés des Lions de l’Atlas.
UN TRÔNE INCONTESTÉ
Le Sénégal s’installe durablement au sommet de la hiérarchie africaine. Ce titre de 2026 est celui du mental et de la résilience. Pour le Maroc, cette finale perdue à Rabat est une cicatrice profonde, marquée par ce penalty qui aurait pu tout changer. Malgré les entrées d’Igamane et Salah Eddine, les Lions de l’Atlas ont buté sur un destin écrit en vert, jaune et rouge.
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